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Le déracinement

Le départ définitif des autorités françaises signe l'exil de 30 à 35 000 personnes qui quittent le Viêt Nam, et dans une moindre mesure le Cambodge et le Laos, pour s'installer en France, un pays dont ils ne connaissent souvent rien. Environ 5 000 d'entre eux sont regroupés dans les camps d'accueil des rapatriés d'Indochine, où beaucoup vivent par la suite pendant de longues années.

 

L’Exode intérieur

Après la défaite de Diên Biên Phu (1954), les accords de Genève coupent le Vietnam en deux à la hauteur du 17e parallèle. Le Nord est laissé au Vietminh et la population a 300 jours pour faire son choix entre les deux zones.

Alors que les départs du Sud vers le Nord sont rares, un véritable exode a lieu du Nord vers le Sud. Les populations fidèles à la France refluent précipitamment vers Saigon, abandonnant une grande partie de leurs biens derrière elles. Environ un million de personnes, dont 700 000 catholiques, fuient la zone passée sous contrôle communiste. Les dirigeants de Saigon, mais aussi les Etats-Unis avec l'opération Passage to Freedom, facilitent ce transfert.

L’exode se fait essentiellement par voie aérienne et maritime, dépassant toutes les prévisions et posant d’énormes problèmes. Le Vietminh s’efforce, par tous les moyens, de retenir les réfugiés. Certains quittent la côte en bateau ou sur des radeaux pour gagner les navires français. Beaucoup se noyèrent dans la tempête ou sur des embarcations trop fragiles, tragédie qui préfigure celle des boat people, deux décennies plus tard.

evacuation-nord-vietnam-article-de-presse Départ vers le Sud Vietnam

Affiche exhortant les habitants du Nord à passer au sud - Traduction affiche : "Allez au sud pour éviter le communisme", "Les gens du sud du Vietnam accueillent les nord-vietnamiens à bras ouverts."

L’armée française facilite le transport des familles de l’aéroport de Saigon ou des ports du Sud vers les centres d’hébergement provisoires. L’accueil des réfugiés est à la charge des autorités sud-vietnamiennes. Mais le flux de populations est tel que les Sud-Vietnamiens sont pris au dépourvu et contraints de faire appel à l’aide militaire française. Les réfugiés sont répartis selon leur nationalité, leur fonction et leur religion. Ainsi de nombreuses familles françaises et eurasiennes sont hébergées au camp Lyautey. Certaines vécurent cette situation deux années durant avant leur rapatriement vers la métropole.


Accord de l’ambassade pour le rapatriement d’une famille

Quelques navires…
Les centres d’accueil des rapatriés d'Indochine

Le Rapatriement en métropole

En septembre 1955, Valéry Giscard d’Estaing, directeur-adjoint du cabinet du Président du Conseil saisissait l’ensemble des préfets pour indiquer : « Il apparaît dès maintenant que l’hébergement de ces rapatriés aux frais de l’Etat, pour une période généralement très longue, s’imposera inéluctablement. La recherche de locaux suffisamment vastes pour accueillir de façon permanente, et dans une région offrant des perspectives de réimplantation, les centaines, et peut-être les milliers de rapatriés en question s’avère particulièrement difficile ».

Les premiers rapatriés sont les familles qui ont un hébergement en France, les cadres et agents de l’administration française ainsi que les cadres des exploitations et entreprises agricoles et commerciales puis le Corps Expéditionnaire Français d'Extrême Orient. Ces voyages s’effectueront au cours du deuxième semestre 1954 et sur l’année 1955 si bien qu’au milieu de l’année 1956, il n’y avait plus de "colons français" en ex-Indochine.

On se soucie ensuite des familles françaises, souvent eurasiennes, dépourvues de moyens, restées attachées à la France, ayant travaillé pour la France et se sentant « en danger politique » : Indochinois, Eurasiens issus d’unions mixtes, Indiens des comptoirs (Pondichéry) établis en Indochine, Cambodgiens, Laotiens. Il y a une forte proportion d’enfants et de femmes, veuves ou restées seules après le départ des Français. Ces familles sont nombreuses, souvent élargies et ne voulant pas être séparées. Le rapatriement doit être demandé par les chefs de famille. Le cas de chaque famille est étudié. Certains acquièrent à cette occasion la nécessaire nationalité française. On se préoccupe aussi du départ des enfants de la FOEFI et des enfants de troupe de Dalat .

De 30 à 35 000 Français sont ainsi rapatriés vers une métropole dont beaucoup ne connaissent rien. Ils arrivent par avion à Orly mais en majorité par bateau à Marseille après un voyage d’environ un mois dans des conditions souvent difficiles. Ceux qui n'ont ni famille, ni hébergement sont pris en charge par les services sociaux. Ils seront provisoirement hébergés dans des camps de transit, à l’hôtel ou chez des particuliers dans le sud de la France avant d’être dirigés vers les centres d’accueil.

Les recherches de centres d’accueil vont bon train. Mais il s’agit bien souvent de sites dont les capacités d’accueil sont faibles, des propriétés privées qu’il faut acquérir et réaménager à grand frais. De ce fait, l’Etat décide de transformer d’anciens camps militaires et d’anciennes cités minières en hébergement temporaire.

C'est ainsi que le Lot-et-Garonne, la Vienne, la Dordogne, les Bouches-du- Rhône et l'Allier voient arriver de nombreuses familles à partir de 1955. La plupart de ces centres ne seront ouverts aux rapatriés que durant quelques années :

  • Dans l’Allier, sur les communes de Noyant d'Allier, de Châtillon et de Saint-Hilaire.
    Le centre d'hébergement de Noyant, installé dans les corons de l'ancienne mine, ferme officiellement en 1966. Les logements sont revendus aux rapatriés d'Indochine qui continuent d'y vivre ou de s'y retrouver. Ceux qui ne peuvent acheter sont transférés dans le centre d'accueil de Sainte-Livrade-sur-Lot.
  • Dans la Vienne dans l’ancien camp militaire de La Rye au Vigeant.
  • En Lot-et-Garonne, dans les anciens baraquements militaires de la poudrerie, à Bias au lieu-dit d’Astor et à Sainte-Livrade-sur-Lot au lieu-dit du moulin du Lot. soit près de 2 000 personnes réparties entre les deux camps.
  • En Dordogne dans l'ancien camp militaire de Creysse, rattaché à la poudrerie nationale de Bergerac. Ce centre était une antenne de celui de Sainte-Livrade-sur-Lot, au même titre que celui de Bias.

D’autres centres accueilleront des rapatriés en moins grand nombre et sur de courtes périodes : Oublaisse, près de Luçay-le-Mâle dans l’Indre, Saint Laurent d’Arce en Gironde, et d’autres centres en région parisienne et à Marseille. Le site de Montmirail près de Carpentras et le camp militaire de Mimizan ont aussi été pressentis puis abandonnés.

En dépit de leur nationalité française, le « retour » en France de ces milliers de personnes, est plutôt une véritable expatriation assortie d’un profond dépaysement tant climatique que culturel et social.
Il est très difficile de chiffrer les populations indochinoises rapatriées en France lors de la fin de la colonisation ; outre les réfugiés partis pendant ou après la guerre d'Indochine, la persistance des insurrections puis le contexte de la guerre du Viêt Nam conduisent de nombreux Vietnamiens, issus notamment de la bourgeoisie, à venir habiter en France dans les années 1960 et à y transférer leurs biens. Et à partir de la seconde moitié des années 1970 on assiste à des exodes massifs (boat-people et autres réfugiés) en provenance de l'ex-Indochine : les conflits atroces dans lesquels ont été plongés pendant des années le Viêt Nam, le Laos et le Cambodge aboutissent en 1975 à l'absorption du Sud Viêt Nam par le Nord et au basculement des trois pays dans le camp communiste avec des conséquences particulièrement tragiques pour le Cambodge. La majorité des réfugiés indochinois s'installe alors aux États-Unis mais une partie non négligeable de la diaspora est accueillie par la France.

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