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La mémoire du camp

La réhabilitation du CAFI pose la question de la mémoire du lieu, de cette population et d’un pan de notre histoire. La municipalité a donc recruté en 2009 un cabinet d’études pour y réfléchir et faire des propositions.

Un comité scientifique a été créé. Il est composé de divers partenaires (Archives départementales, sous-préfecture, DRAC Aquitaine, Conseil départemental, municipalité, associations, habitants, etc.) et porte entre ses mains la mémoire du CAFI…


Du besoin de mémoire

La mémoire du CAFI peut s’étudier au travers des différentes générations comme l’a fait Dominique Rolland :

  • les adultes rapatriés, et leurs enfants, arrivés en 1956, qui ont vécu en Indochine et connu le déracinement,
  • les enfants nés au CAFI, dont c’est le premier univers,
  • les petits-enfants, peu nombreux à avoir vécu au centre mais pour qui c’était un terrain de jeu pendant les vacances,
  • et enfin les arrières petits enfants

De la douleur du déracinement à la nostalgie des souvenirs de jeunesse, la mémoire du CAFI n’est pas identique d’une génération à l’autre. L’histoire quant à elle n’a pas toujours été transmise. Les rapatriés d’Indochine sont souvent restés discrets, même auprès de leurs familles, sur les raisons qui les ont menés au CAFI et sur les conditions dans lesquelles ils y ont vécu.
Et c’est tout le mérite des associations d’avoir éveillé la curiosité des jeunes générations pour l’histoire de leurs parents (voir en annexe : « Trois générations face à la mémoire » de D. Rolland).

L’étude des associations du CAFI met en évidence leur rôle essentiel dans le processus de mémorialisation du CAFI qui s’articule autour de trois axes : la promotion de la culture, la demande de reconnaissance, la défense du lieu comme élément historique et patrimonial. Leurs actions traduisent la volonté de transmettre une mémoire qui ne soit plus seulement individuelle, familiale mais de lui donner une dimension collective. Choix difficile car source de contestations, de tensions, de rapports de force entre les acteurs associatifs comme le montre dans un premier temps un développement associatif par scissions suscitées par des points de vue divergents sur le traitement de l’histoire, de la mémoire (voie en annexe « les associations du CAFI » par P. Wadbled).

Il est plus difficile d’étudier la mémoire du CAFI du côté des Français de Sainte-Livrade, sinon, au travers de tout ce qu’ont pu faire les municipalités qui se sont succédé depuis 1956 et des témoignages de ceux qui ont fréquenté les rapatriés. Mais il est certain que, au-delà de la crainte que suscite toujours l’arrivée massive d’une nouvelle population, de périodes de tension bien réelles aujourd’hui tombées dans l’oubli ou minorisées, les rapatriés d’Indochine font l’objet d’une perception positive de la part de la population locale, à laquelle ils sont parfaitement intégrés aujourd’hui.

C’est avec les projets de transformation, voire de disparition du CAFI que beaucoup ont saisi l’urgence de la question de la mémoire de l’histoire de ses habitants rapatriés d’Indochine. Et ce, de façon d’autant plus pressante que les projets s’orientaient vers une démolition des baraquements, plutôt qu’une simple « rénovation » des lieux existants. Lorsqu’en 2006, la rénovation se concrétise sous l’égide de l’ANRU, la création d’un lieu de mémoire est spécifié dans le cahier des charges de la requalification du CAFI avec un budget dédié. Si la majorité des bâtiments sont voués à démolition, quatre bâtiments sont conservés, faisant l’objet d’une protection au titre des monuments historiques, en mémoire du lieu et à l’usage des associations du CAFI. Les associations autour du CAFI se sont impliquées très tôt dans la réflexion sur le lieu de mémoire et, avant même sa mise en place par les pouvoirs publics, ont organisé des manifestations publiques s’inscrivant dans cette logique mémorielle

Le rendez-vous annuel le 15 août en est le plus emblématique.

Les mamies du CAFI : des tatas aux mamies …

C’est souvent par ce terme affectueux de « mamies » que l’on évoque les femmes âgées du CAFI. Une appellation très répandue qui évoque pour ceux qui l’emploient la grand-mère, bienveillante, courageuse, discrète, souvent seule dans son logement précaire du CAFI.
L’âge venant, l’image des « mamies » a supplanté celle bien différente de leur jeunesse, ces femmes actives, souvent énergiques qui veillaient sur les enfants alors nombreux à courir et jouer dans les ruelles entre les baraquements.
Elles étaient alors appelées « tata » par les enfants comme on le fait au Viêt Nam en s’adressant à des femmes qui ne sont pas forcément des tantes au sens strict, mais avec qui l’on entretient des relations de proximité ; comme ce fut le cas dans l’enceinte de la cité d’accueil.

Les publications

Depuis les années 1960 le CAFI, fait l’objet de nombreuses études de la part de scientifiques. De nombreux réalisateurs, photographes, metteurs en scène ont créés une multitude d’œuvres, abordant le CAFI sous différents angles.
Les sites Internet, créés par des associations ou des particuliers sont aussi très nombreux. Ils sont à la fois lieu d’échanges et d’information sur l’évolution du CAFI et sites mémoriels publiant de nombreuses photographies anciennes.
Depuis sa création, la revue « Ancrage » suit l’évolution du centre, et on ne compte plus la quantité de reportages TV sur le site et auprès des résidents.


Les manifestations

La présence des Français rapatriés d’Indochine a engendré un certain nombre de manifestations, certaines régulières, d’autres plus ponctuelles. Avec le temps certaines des manifestations, notamment culturelles, qui se déroulaient dans l’entre-soi du camp, se sont ouvertes à un plus large public jusqu’à faire partie des évènements marquant la vie culturelle livradaise, voire au-delà. De même, l’histoire des rapatriés bénéficie après une longue période de relégation de la reconnaissance de tous comme le montrent les commémorations célébrées avec force faste et présence des pouvoirs publics.

Les Rencontres du 15 août

La tradition de rencontres autour du 15 août a commencé bien avant la question de la mémoire. Dès la fin des années 1980, les jeunes générations ayant quitté le CAFI s’y retrouvaient au mois d’août autour de parties de pétanques, de tournois de football et de repas entre amis.

Avant d’être un temps de mémoire, le 15 août était surtout un temps de retrouvailles. Les enfants étaient en vacances chez la grand-mère ce qui donnait au camp une ambiance très animée. La direction s’inquiétait d’ailleurs de l’augmentation de la circulation automobile dans le camp et éprouvait quelques problèmes à gérer les logements vides réquisitionnés pour les vacances. D’un simple moment de convivialité entre anciens résidents, ce rendez-vous finit par rassembler les « anciens » du CAFI et un public varié : vacanciers et population des environs sensible à cette histoire ou intéressée par les animations proposées. A cette occasion, les associations, l’ARAC, la CEP notamment, proposent un programme souvent dense combinant les aspects festif, artistique, et la découverte de la culture vietnamienne. Repas, spectacles, défilés de mode, démonstration d’arts martiaux, temps religieux à la pagode et à la chapelle et réflexions autour de l’histoire du CAFI et de l’Indochine française, rythment deux à trois jours de festivités.

Repas à l’occasion des Rencontres du 15 aout
Repas à l’occasion des Rencontres du 15 aout

 





La fête du Têt

Le Nouvel An Vietnamien (en janvier-février) constitue un autre temps fort au CAFI. A ses débuts, le têt n’était fêté que par les habitants du CAFI (une note du directeur du CAFI précise d’ailleurs que la manifestation ne doit pas déborder de l’enceinte du camp). Mais avec le temps, et l’intégration dans la ville, le Nouvel An a fait l’objet d’une manifestation plus ouverte : écoles venant assister à la danse de la Licorne, grand repas proposé à la salle polyvalente et défilé dans les rues de Sainte-Livrade et devant la mairie.
De plus, pour célébrer ce moment important, l’Association des Arts et Cultures d’Indochine, en lien avec la MJC a régulièrement proposé des spectacles, concerts et films, à l’intention des résidents du CAFI.

1956 -1977 : invitations à la fête du Têt
1956 -1977 : invitations à la fête du Têt

Le Têt, Nouvel vietnamien à Sainte-Livrade-sur-Lot, 2017/2018


Remise des Képis blancs (Légion étrangère) et exposition sur les armées coloniales en 2018

Les manifestations ponctuelles

La vie du CAFI a toujours été ponctuée d’événements plus ou moins réguliers en rapport avec les cultures et l’histoire de l’Indochine.

Le sujet a été abordé lors de nombreux colloques dont certains ont été organisés sur place.

  • En octobre 2003, colloque au Sénat sur le « rôle des associations dans la sauvegarde de la mémoire de l’Indochine »
  • En octobre 2004, dans le cadre du cinquantenaire des accords de Genève, l'AACI et la MJC de Sainte-Livrade sur Lot organisent un colloque intitulé : "Rapatriés d'Indochine: les oubliés de l'histoire ?". Il rassemble des historiens spécialistes de l'Indochine, des résidents du CAFI et une sociologue. Un temps d'échange avec un avocat du Barreau de Bordeaux est proposé aux résidents du CAFI pour aborder "le problème du CAFI". Ce colloque, critique à l'égard de la colonisation, souleva quelques protestations parmi les résidents du CAFI les plus âgés, qui ne comprenaient pas cette attitude de la part d'enfants du CAFI.
  • En 2006, en marge des manifestations mises en place par la municipalité pour le cinquantenaire de l'arrivée des Français d'Indochine, la CEP et l'ARAC organisent à la MJC de Sainte-Livrade, une table ronde intitulée: "De la guerre d'Indochine à la guerre d'Algérie : différence et répétition, la loi du 23 février 2005, une loi néocoloniale ? " Cette initiative indépendante et très critique à l'égard des pouvoirs publics de l'époque coloniale ou contemporaine, est accueillie sans aménité par la municipalité qui n'est pas directement invitée. Les élus ne trouvent place que parmi le public, considérant cette initiative peu appropriée à l'ambiance souhaitée pour ces commémorations.
  • En décembre 2007, le réseau TERRA organise à Paris une rencontre sur  le CAFI.

Et le CAFI est régulièrement le lieu de commémorations diverses : poses de stèles, remise des Képis blancs (Légion étrangère, 2018), etc.

 


Le cinquantenaire de l'arrivée des Français d'Indochine

En 2006, pour commémorer le cinquantenaire de l’arrivée des familles d’Indochine, des manifestations ont été organisées par les associations du CAFI et les pouvoirs publics :Commémorations, une exposition avec reconstitutions de logements de l’époque, du dispensaire. Les calicots créés à cette occasion sont aujourd’hui exposés dans le bâtiment dédié au lieu de mémoire du CAFI. Et pour faire connaître cette histoire une version itinérante de l’expo, réalisée par la bibliothèque départementale, circule dans les écoles.


Les monuments

Trois stèles ont été installées sur le site, dont deux rassemblées dans un mémorial :

  • Dans les années 2000 une première plaque est posée à l’initiative de l’association« Mémoire d’Indochine », à la mémoire des soldats du conflit franco-indochinois. Cette stèle était implantée à l’entrée du CAFI. Elle a été déplacée au moment des travaux près de l’autel extérieur de la pagode puis près de la chapelle.
  • Une seconde plaque, offerte par une famille, en mémoire de la guerre d’Indochine est implantée en août 2014 lors de l’inauguration du « nouveau CAFI ».
  •  Enfin, « les trois colonnes aux mille noms », portant les noms des chefs de familles du CAFI, sont installées près de la pagode. Cette œuvre créée en 2016 dans le cadre de la commémoration du soixantième anniversaire de l’arrivée des rapatriés est à l’initiative de la CEP-CAFI. Elle a été financée par souscription.

Le lieu de mémoire

En juillet 2012, un comité scientifique et historique (rassemblant des archivistes, sociologues, historiens, élus, ministère de la Culture) est nommé pour prolonger la réflexion sur le lieu de mémoire et énoncer des préconisations, pistes, quant à sa réalisation. Lors de sa première séance il prend connaissance de l'étude de phasage des travaux menée par les architectes, Stéphane Thouin et Paul Vo Van, sur la réhabilitation de la pagode et de l'un des quatre baraquements préservés. Pour le comité, la question de la mémoire dépasse le cadre du seul CAFI, il est donc proposé l’élargissement à la mémoire de l’histoire de la France en Indochine.L’idée d’un lieu de mémoire fait d’emblée l’objet d’un consensus de l’ensemble des acteurs mais sa mise en œuvre se fait au cours d’un long cheminement et par étapes.

Le recensement des Archives

Ce sont les Archives départementales du Lot-et-Garonne qui ont classé et répertorié le fonds conservé au CAFI, que lui a transféré la ville de Sainte-Livrade en 2005.
Pour le comité scientifique, la recension des documents sur le CAFI autant que sur l’histoire de l’Indochine en France est envisagée comme ressource pour la création d’un site internet conçu comme un élément de mémoire.Une archiviste (Fanny Brée) est recrutée sur une durée d’un an pour faire l’inventaire des documents existants tant au niveau du CAFI qu’au niveau national et même à l’étranger Une base de données, accessible sur ce site, permet aujourd’hui de consulter plusieurs milliers de documents d’origine diverses :Archives Diplomatiques, Service Historique de la Défense, Archives Départementales, INA , Croix Rouge, Missions Etrangères de Paris et de nombreux documents préservés par des particuliers, des chercheurs et les associations du CAFI.

Le projet de lieu de mémoire

Une partie des bâtiments sauvegardés est restaurée et accessible.

  • La chapelle
  • La pagode
  • Une halle couverte pour les réceptions extérieures
  • Un baraquement, entièrement rénové, équipé pour des réunions, réceptions, des fêtes et des projections et dans lequel sont exposés différents éléments réalisés pour le cinquantenaire du camp en 2006 : calicots, photos, documents divers sur l’histoire du CAFI.

En 2019 les autres bâtiments, dont le local abritant une des associations, sont dans leur état d’origine.Le site reste ouvert au public et des visites sont organisées en été par les associations, l’accueil de groupes est assuré et les Archives départementales et le Pays d’Art et d’Histoire de l’Agglomération du Grand-Villeneuvois proposent des animations pour les scolaires.Le travail sur un projet muséographique autour des quatre bâtiments préservés se poursuit.

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