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À l’origine du site du CAFI : un projet de poudrerie

 1935 - 1941 :

La création de l'annexe de la Poudrerie nationale

AD 47

Au milieu des années 1930, l’Etat envisage d’accroître la production de la poudrerie nationale de Bergerac (Dordogne), par la création d’une annexe. Sans doute à l’initiative de Gaston Carrère qui fut maire de Sainte-Livrade-sur-Lot et sénateur, le site retenu d’une superficie totale de plus de 450 hectares est situé en Lot-et-Garonne, dans la plaine en bordure d’un méandre du Lot. Il s’étend sur trois communes : Bias, Casseneuil et surtout Sainte-Livrade-sur-Lot. Il est prévu d’y implanter un véritable complexe militaro-industriel, composé de la poudrerie proprement dite et de bâtiments annexes pour le logement du personnel.

Pour la seule poudrerie, 421 hectares sont réquisitionnés, soit un cinquième du territoire communal livradais, essentiellement des terres agricoles de cette riche plaine alluvionnaire. Le projet comprend :

  • Une usine et environ 600 bâtiments en béton armé, dispersés par sécurité, pour la fabrication de poudre et explosifs
  • Un champ de tir
  • Une importante station de pompage
  • Un réseau de canalisations alimentées par le Lot
  • Un circuit ferroviaire interne de 25 kilomètres, reliant les différents bâtiments.

A l’extérieur de la poudrerie, sur une surface de 39 hectares, cinq cantonnements sont destinés au logement des ouvriers et des encadrants. Ils sont répartis sur les communes de :

  • Sainte-Livrade, au lieu-dit du Moulin du Lot (8 ha),
  • Bias, au lieu- dit « Astor » (12 ha),
  • Casseneuil, aux lieux-dits de « la Glaudoune » et « Sauvaud » (la gare) (15 ha),
  • Villeneuve-sur-Lot au lieu-dit « Carrère » (4 ha).

Le rachat des terres débute aux environ de 1935. Quelques propriétaires donnent leur accord. En 1938, le ministère des Armées entame les démarches administratives d’expropriations. En 1939, les terrains sont réquisitionnés, plus de 70 propriétaires sont concernés. Les départs ne se font pas sans heurts. Les négociations à l’amiable ne concernent qu’une vingtaine de propriétaires, la majorité ayant recours aux avocats pour défendre leurs intérêts face à l’Etat. Lourdeur administrative et temps de guerre entraînent un échelonnement des indemnisations jusqu’en 1943.

 


 
 

Un projet industriel qui fait « long feu »

Les travaux commencent dès la fin de l’année 1939. Une très nombreuse main-d’œuvre s’active à la construction des bâtiments, du réseau ferroviaire, des canalisations de la station de pompage et des cantonnements. Plus de 5 000 personnes, de différents corps de métiers (maçonnerie, charpente, transport, mécanique, etc.) sont embauchées et les travaux avancent à grands pas. Les Français étant au front, on fera travailler les Républicains espagnols, réfugiés en France.
Mais, en juin 1940, après la signature de l’armistice, le chantier est suspendu puis arrêté définitivement. Une partie des terrains est progressivement rendue à leurs anciens propriétaires et remise en état pour les activités agricoles.

Au cours de la période active du projet, de novembre 39 à juin 40, les travaux progressent de façon inégale. Les bâtiments de grande taille, hangars, entrepôts, dont la construction est commencée, resteront à l’état de chantier. Ceux de taille moyenne sont déjà achevés ainsi que le réseau ferroviaire. Après juin 40, l’activité autour de la poudrerie se poursuit encore pendant environ un an, mais elle se limite à l’achèvement de la construction des cantonnements et au démontage de certains éléments (voies de chemin de fer) pour récupérer les matériaux et préparer la remise en état des terres qui seront rendues à l’agriculture.
Les agriculteurs locaux récupèrent trois quarts des terrains. Le reste ainsi que les locaux de l’administration de la poudrerie sont réservés à l’implantation d’une école d’application d’agriculture qui ouvrira ses portes en 1951. Matériaux et équipements seront vendus aux enchères. Des constructions en béton armé, à l’architecture visiblement militaire, certaines sont rachetées par des particuliers et réaménagées en logements. D’autres seront utilisées comme dépendances agricoles. 

La poudrerie en tant que telle disparaît, avant même d’avoir existé. 

Le destin des cantonnements varie selon les lieux. Le camp Carrère à Villeneuve est affecté au ministère de la Justice, à Casseneuil, le camp de « la Glaudoune » est affecté au ministère de la France d’Outre Mer et celui de « la gare », en revanche est mis « hors de tout projet ». Ceux de Bias et Sainte-Livrade-sur-Lot, relèvent du ministère des Armées.

L’histoire de la poudrerie s’estompe dès l’après-guerre dans la mémoire locale. En revanche, celle des cantonnements, devenus les « camps » de Bias et de Sainte Livrade, se prolongera tout au long du demi siècle suivant.

De ces camps, ne restent aujourd’hui que deux baraquements à Bias et quatre à Sainte-Livrade-sur-Lot. Les camps de Carrère à Villeneuve-sur-Lot et celui de la gare à Casseneuil ont disparu. Une partie de celui de la Glaudoune a été rachetée et transformée en logement par des particuliers (cité Belle Rive)

Assemblage de photos aériennes datant de 1942. On y distingue les voies, les voies ferrées et les bâtiments de la poudrerie © IGN
1946 : la municipalité se plaint que les terres de la poudrerie reste en friche et suggère la création d’une école d’agriculture - AM Ste-Livrade
Juin 1947 : vente publique du matériel de la poudrerie. Une autre vente se tiendra en décembre de la même année - AD 47
La « cathédrale » l’un des plus grands vestiges de la poudrerie
1941 : Rapport sur l’état des lieux du site de la poudrerie. Il contient des informations quant au nombre bâtiments construits et au devenir des terres - AD 47
Maison construite sur les fondations d’un bâtiment de la poudrerie © Poleth Watbled
Bâtiment récupéré pour un usage agricole


Sur le site de la poudrerie : la stèle en mémoire des travailleurs espagnols

Les républicains espagnols, bâtisseurs de la Poudrerie

Des milliers de réfugiés espagnols ont participé au chantier de la poudrerie. Ils en sont les principaux bâtisseurs, forcés, mais aussi les premiers résidents.

Parmi l’importante main-d’œuvre employée à la construction de la poudrerie de 1939 à 1940, les réfugiés espagnols constituent un groupe particulier. Sur l’ensemble des populations étrangères qui ont vécu sur le site de la poudrerie, ils sont les seuls à avoir à la fois construit et habité les baraquements militaires et également participé à la construction et au démantèlement de la poudrerie.

Ils ont marqué les esprits par leur nombre, leur statut et leurs conditions de vie. En 1939, de 3500 à 5000 réfugiés espagnols étaient présents sur le chantier, constitués en GTE (Groupes de Travailleurs Etrangers), répartis en 14 batteries. Ils ont été réquisitionnés dès le début du chantier. Nombreux étaient ceux qui avaient déjà connu les camps du Sud de la France au moment de la « Retirada » en 1939.

Ces hommes étaient de niveaux sociaux différents et d’âges variés mais le plus souvent jeunes, moins de 25 ans à leur arrivée en France. Ils furent employés à tous les travaux : routes, terrassements, creusement du canal de dérivation du Lot, voie de chemin de fer et construction de bunkers. Logés d’abord dans des wagons et des abris précaires, ils furent les bâtisseurs des nombreux baraquements qu’ils occupèrent à Bias mais principalement à Casseneuil, sur la rive gauche du Lot, au lieu dit la Glaudoune et au camp de la gare.


Internés, assignés à résidence

Cette population a souvent été reçue sans aménité par la population locale. Les quelques réfugiés encore présents en 2009 ont gardé en mémoire les regards hostiles derrière les fenêtres, les mères intimant à leurs enfants de rentrer à leur passage. En Lot-et-Garonne comme ailleurs en France, les républicains espagnols avaient la réputation d’être des sauvages, des « mangeurs de curés ».

Dans les camps à Bias et Casseneuil, ces hommes vivaient dans une semi-liberté. Réfugiés politiques, fuyant les massacres du franquisme, et suspectés en France d’être des anarchistes, fomenteurs de troubles, ils étaient assignés à résidence dans les camps, étroitement surveillés par l’armée et par la gendarmerie. Ils ont en mémoire leurs conditions de vie difficiles à tous points de vue et le terme «camp de concentration» revient sans cesse dans les propos.

Employés par l’Etat, dirigés par des militaires, travaillant dix à douze heures par jour pour un salaire dérisoire, une partie de leur solde était défalquée pour leur entretien. Ils étaient logés de façon quasi carcérale, 250 par baraquement, sans mobilier digne de ce nom. En bout de chaque baraque, un point d’eau pour la toilette et des WC. Ayant fui l’Espagne sans bagages, leurs vêtements étaient en piètre état. Quelques âmes généreuses leurs donnèrent des vêtements et l’armée des chaussures convenables et avec le temps, ils réussirent à faire quelques économies pour faire des achats en ville. Pour nourrir ces troupes de travailleurs, chaque groupe était affilié à une cantine, avec son équipe de cuisiniers qui préparaient les repas. Certains complétaient leur alimentation d’herbe, de fleurs ou de petits animaux sauvages, et aussi d’épluchures de pommes de terre récupérées dans les cantines.

Les sorties se faisaient sur autorisation, par petits groupes et à tour de rôle le dimanche après midi, jusqu’à cinq heures pour les uns, jusqu’à minuit pour d’autres. Ils se rendaient dans les bals clandestins organisés dans les granges ou au cinéma à Villeneuve. Quelques réfugiés avaient réussi à se procurer un vélo, pour les autres, c’était marche à pied pour couvrir les 18 kilomètres aller-retour entre Casseneuil et Villeneuve.


1941 : Départ des espagnols

Les Espagnols quittèrent les camps de la poudrerie à partir de 1941. Certains furent réquisitionnés pour aller travailler sur les chantiers du Mur de l’Atlantique. D’autres furent embauchés par des agriculteurs des environs et s’installèrent définitivement dans les environs en fondant une famille avec une jeune fille de la région.

Ils ont rarement raconté leur passage dans le « camp de concentration » et leurs enfants ont parfois découvert, près de soixante dix ans après, que l’ancien site de la poudrerie a été le lieu d’internement de leur père.

Les travailleurs espagnols ne sont que les premiers à avoir occupé les baraquements de la poudrerie. Jusqu’au début du 21ème siècle on leur trouvera de multiples affectations, et des populations très différentes vont y séjourner. Pour la dernière, les Français rapatriés d’Indochine, ce sera durant de très longues années.

D'après Pôleth Wadbled, Matthieu Samel et Joël Combres dans Ancrage, « L'internationale de la poudrerie », 2011.



 

Les Archives de la Poudrerie

Les Archives relatives à la poudrerie de Sainte-Livrade sont conservées, comme les archives des autres poudreries nationales, au dépôt de l’armement de Châtellerault Elles ne sont pas accessibles faute d’avoir été inventoriées.

Bien que nous présentions ici de nombreux documents conservés notamment aux Archives départementales du Lot-et-Garonne, il est encore difficile de retracer de manière précise l’histoire de ce projet (décision officielle, plans, etc.).

 

Puzzle La poudrerie

Quizz LA POUDRERIE

 

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