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Évolution, réhabilitation

 

L’évolution du CAFI s’analyse suivant différents angles qui mettent parfois en valeur les contradictions de l’administration, sa fermeté et les preuves d’humanité de la part des équipes d’encadrement :

  • Les modification apportées au camp lui même, les services proposés aux résidents pour améliorer les conditions de vie (bâtiments, services, transports, routes) installations sanitaires, combat contre l’insalubrité
  • L’idée, présente dès le début et de plus en plus prégnante, que le camp serait un lieu d’hébergement définitif pour certains, notamment lorsque les rapatriés « incasables » de Noyant d’Allier sont déplacés vers le CAFI.
  • La volonté, très tôt affirmée par les autorités de fermer le camp et les actions et réglementations menées dans ce sens.
  • Les différents projets de réhabilitation, évoqués très trop et étudiés dès les années 1970.

Les changements de tutelle

La tutelle du CAFI, c’est-à-dire les ministères et l’administration chargés de sa gestion, a changé environ douze fois depuis sa création.

Le choix des tutelles est significatif de la perception qu’avait l’administration de ces centres. Après les ministères des Relations avec les Etats Associés (Viet Nam, Laos, Cambodge), ce furent le ministère des Affaires étrangères et le ministère de l’Intérieur. Puis la tutelle prit un caractère plus humain, avec la création d’un ministère (ou secrétari at d’Etat) aux Rapatriés. L’administration fut aussi confiée aux ministères des Affaires Sociales, de la Population ou de la Solidarité avec les Rapatriés.

Ces changements se font au gré des relations avec les Pays de l’ex Indochine (Etats associés), puis des changements de gouvernements, d’appellation des ministères ou de la création de services. Dans le dédale de l’administration française, ces modifications se résument parfois à un simple changement de numéro de bureau.

En 1980, après de longues années de discussions, de négociations avec les ministères, notamment, l’armée, propriétaire du terrain, l'État signe une convention de cession du CAFI avec la commune de Sainte-Livrade-sur-Lot. La ville acquiert le terrain, mais devient aussi gestionnaire du centre. Le CAFI, « municipalisé » reçoit des subventions de fonctionnement de l’État et continue d’être géré par le même directeur mis à la disposition de la ville. Les subventions seront supprimées en 2001 mais la municipalité intentera une action en justice à l’encontre de l’État et, ayant gain de cause, sera dédommagée en 2016.


L’évolution de la population

Au CAFI la population a beaucoup évolué :

  • Certains résidents ont quitté le camp de leur propre chef ou parce qu’ils ne remplissaient plus les conditions pour être « ayant-droit »,
  • D’autres rapatriés leur ont succédé notamment ceux venus de Bias et de Noyant d’Allier,
  • D’autre encore y sont revenus après un accident de la vie, pour la retraite, ou sont partis tout en gardant leur logement pour les vacances,
  • Certains, ayant de la famille au camp ont réussi à y obtenir un logement après un bref séjour,
  • Enfin, après la municipalisation de 1981, la mairie a attribué des logements à des familles dans le besoin.

Les mouvements de populations sont donc variés et ne sont pas toujours répertoriés, il est difficile d’obtenir un chiffrage complet de l’occupation du centre sur une cinquantaine d’années. Et il est tout aussi difficile de différencier « ayants droit » et « non ayants droit ». Les chiffres présentés dans les tableaux suivants sont issus de divers documents consultés aux Archives départementales du Lot-et-Garonne.


La configuration des lieux

La configuration du site n’a cessé d’évoluer au fur et à mesure de la création ou de la disparition de certains services et activités : école, chapelle, pagode, commerces, dispensaire, MJC, atelier de chaussures, garages, magasins (entrepôts), locaux loués aux coopératives agricoles, etc.

La configuration des logements a elle aussi toujours évolué. Si, selon l’arrêté Morlot « Les modifications dans la composition des familles hébergées n'ouvrent pas droit à l'attribution de locaux supplémentaires », certaines familles ont demandé et obtenu l’autorisation de disposer d’un logement plus grand ou une pièce supplémentaire, à l’occasion d’une naissance par exemple.

Plans du CAFI à différentes époques

Le premier plan date des débuts du CAFI : l’école occupe deux bâtiments, la pagode et les commerces ne sont pas mentionnés. Il y a des lavoirs (c1) et un gynmase (e3).
Le second date de la fin des années soixante. La numérotation des bâtiments à changer. Il ne mentionne plus que l’école maternelle. Les ateliers Housty et les entrepôts de la Coplot sont présents ainsi que les douches, la salle des fêtes, la pagode et le foyer.
Le troisième date des années 80/90. Le bâtiment J a en partie disparu, les deux épiceries sont bien localisées, il n’y a plus d’entreprises et la cité du Moulin du Lot a été bâtie.

AFFECTATION DES BATIMENTS au 1er janvier 77 (source AD 47 2327W0873)

Affectation

Nombre de bâtiments

Logements des rapatriés 22
Loué à une coopérative agricole) 1
Usine HOUSTY (atelier chaussures), école 2
Salles des fêtes, pagode 1
Administration (dont logements, dispensaire, chapelle) 4
Bâtiments loués à la commune 4
Magasins, atelier, garage 1
Foyer des jeunes, douches 1

TOTAL

36

 


Composition des logements (date inconnue)
6 pièces 11
4 pièces 88
3 pièces 109
2 pièces 44
Total 252

 

Type d’occupation (date inconnue)
Habitat principal 163
Habitat complémentaire 46
Logements libres 43
Total 252
Réception dans un logement du CAFI - Source : Fonds JP Allard - AD 47

Mais, dans l’ensemble et avant la réhabilitation du site, il n’y a pas eu de grands changements durant cinquante ans. Quelques travaux extérieurs ont permis d’améliorer le cadre de vie : suppression de la clôture, terrain de sport, éclairage public, aménagements paysagés, réfection des routes, boites aux lettres, etc.

Il a bien fallu aussi combattre l’insalubrité des lieux (désinsectisation, dératisation) et améliorer les conditions d’hygiène (douches collectives). En 1999, la municipalité entreprend aussi des travaux de réparation et de rénovation d’urgence des logements (douches, portes, fenêtres). Mais ce sont surtout les résidents eux-mêmes qui ont, tant bien que mal, amélioré leur confort intérieur et leur environnement proche (toilettes, auvents, petites dépendances, jardins, etc.).

Deux rapports de l’IGAS, l’Inspection Générale des Affaires Sociales, présentent en détail la situation du CAFI en 1984 et 2006 :

INCENDIES AU CAFI

Des six incendies qui eurent lieu au CAFI, dans des logements mais aussi dans les bureaux de la MJC. Le dernier, le 31 décembre 2005, provoqua la mort d’une des résidentes, Mme Liliane Andréas, âgée de 87 ans et les blessures d’une proche venue lui rendre visite, qui put être secourue à temps.
L’incendie se déclara à partir de son cabanon-cuisine où était stockée une réserve de combustible. La vétusté du bâtiment, sa composition (plancher en bois, plafond en carton, toit en éverite) ont facilité la propagation et la puissance du feu qui progressa jusqu’à détruire sept des neuf logements du bâtiment.
 

Le long chemin vers la réhabilitation/reconstruction

Qu’il s’agisse de rénover, de reconstruire, ou tout simplement de « vider le camp », la résorption du CAFI a toujours été souhaitée par les élus locaux et l’administration. Ainsi en 1966, lors d’une réunion sous la présidence du préfet, on parle de « solidification de la situation ». En 1968 en présence d’un représentant du ministère des Affaires Sociales on évoque le problème de l’intégration des rapatriés. La même année, suites aux troubles causés par des jeunes du CAFI, le conseil municipal de Sainte-Livrade, constatant qu’il n’a aucune compétence en la matière, formule le souhait que des décisions soient prises en matière de relogements et de placements.
Cependant, aucun projet ne semble avoir été étudié sérieusement avant les années 70. Dès lors les études vont se multiplier, sur fond de questionnement quant au devenir d’une population vieillissante, peu associée à la réflexion et qui a fait du CAFI son quartier et ne souhaite plus le quitter.

En 1972, dans un courrier adressé à la préfecture du Lot-et-Garonne, Charles Barbeau (du ministère du Travail)  stipule qu’ : « il est plus que temps de faire sortir la population rapatriée d’un régime particulier dans laquelle son attentisme se complait et qui n’est plus justifié » Il insiste sur la nécessité de quitter les lieux pour les familles avec ressources et envisage l’instauration d’« indemnités », c’est-à-dire d’amendes à payer par ces familles qui s’opposeraient à un relogement à l’extérieur. On se préoccupe du sort des personnes âgées et de leur placement en maison de retraite. L’association de défense des intérêts des familles, récemment créée, serait disposée à acheter un terrain pour la construction d’un pavillon pour loger les anciens.
- Début 1973, autour du préfet Paul Feuilloley, élus et administration étudient les perspectives d’avenir. La fermeture du CAFI est envisagée, mais vite abandonnée. L’hypothèse d’un nouveau déracinement hors des lieux d’accueil, même dans un cadre plus conforme aux normes de l’époque, risquerait de provoquer un traumatisme fatal aux exilés de la première heure.

Le 1er février 77 le Conseil Municipal de Sainte Livrade donne un avis favorable pour achat (20 500 francs) des quatre bâtiments du « Camp des Espagnols » qu’elle loue à l’Etat depuis 1950. Ces bâtiments seront détruits (en octobre 80 les habitants sont relogés au CAFI) pour laisser place à de nouveaux logements sociaux, « la cité du Moulin du Lot ». Les nouveaux logements, livrés en 1985, sont réservés en priorité aux résidents du CAFI. Particularité culturelle, chaque appartement comporte une alcôve susceptible d’abriter un autel à Bouddha ou aux ancêtres. Cependant, l’affluence n’est pas telle qu’espérée. Si quelques personnes, enfants de rapatriés surtout, s’y installent, peu de femmes âgées y emménageront et certaines feront le choix inverse du retour, préférant les baraquements inconfortables mais au cœur de la communauté plutôt que les logements modernes mais à distance des amis et voisins.
Ces quatre bâtiments n’étaient pas partie intégrante du CAFI mais on assiste toutefois à un début de réhabilitation du quartier.

Pour le CAFI lui-même le chemin vers la rénovation sera encore long. La volonté et l’action ne manquent pas, mais les changements politiques et les lenteurs administratives non plus. Il faut aussi compter sur les associations des résidents qui souhaitent être associées au projet et ne veulent pas d’un nouveau déracinement pour les anciens.
Pendant près de vingt ans, les réflexions sur le devenir de la cité d’accueil se tiennent essentiellement entre les autorités locales et nationales. Une commission interministérielle est même créée pour aborder l'avenir du camp en différents termes : résorption puis reconversion, parfois transformation ou requalification, rénovation. Sous cette diversité d'appellations, la perspective est identique : la démolition du bâti existant et son remplacement par des logements sociaux neufs. S’il est très tôt prévu d’intégrer des lieux de culte (catholique et bouddhique) et les commerces existants il s’agit cependant de la disparition du camp, lieu de vie des rapatriés d’Indochine.

HLM ou accueil de boat people

En 1975 le docteur Daoulas propose d’accueillir 500 nouveaux réfugiés (des boat people). La ville rétorque qu’un nouvel apport de réfugiés bloquerait le projet de HLM souhaité par le maire. Le médecin du camp répond que ce projet aura du mal à se concrétiser car le terrain est propriété des Domaines qui ne veulent pas le donner mais le louer à la société HLM de Villeneuve-sur-Lot. Or celle-ci proposerait un prix de location de 450 francs pas mois pour un F4, ce dont pas un seul « pensionnaire eurasien » ne pourrait s’acquitter.

 

L’appellation camp des Espagnols

Cette appellation renvoie à la présence pendant la saison maraichère de travailleurs saisonniers espagnols qui trouvaient un hébergement dans ces bâtiments.
La cité du Moulin du Lot

Négociations avec l’Armée

Ce n’est qu’à la suite de nombreux échanges avec le ministère des Armées, propriétaire du terrain, que la municipalité acquiert l’ensemble de la cité. Le temps de négociation s’est étalé sur près de dix ans. L’armée ne souhaitait pas se défaire de ce terrain, puis elle en exigea un montant jugé trop élevé. Ce n’est qu’en 1980 que la municipalité et l’Etat s’accordent sur les conditions de cession du lieu.

En 1981

La commune devient propriétaire du site (la convention d’achat du 2 juillet 1980 par la commune prévoyait la résorption du camp). Et durant 25 ans la réhabilitation du CAFI va susciter le débat et faire l’objet de plusieurs projets parfois contradictoires.

En 1996/97

La Compagnie d’Aménagement Rural d’Aquitaine (CARA) réalise une étude sur l’ensemble de la commune en vue d’un projet global d’aménagement à des fins de développement. Dans cette étude, une attention particulière est portée au CAFI. La disparition du camp est envisagée mais il est préconisé d’en maintenir la mémoire : aménagement de l’espace (plantes asiatiques sous serres, en jardins vivriers), maintien des commerces, équipement touristique, tout en respectant le plan de masse originel. La mémoire occupe une partie importante de la réflexion avec la proposition de logements permettant à d’anciens habitants d’y revenir et de « proposer une partie de ce site à la communauté asiatique élargie en France ».

En 1999

La ville entreprend des travaux d’urgence sur tous les logements. A la même époque un projet de reconstruction est proposé par l’agence Urbane (Toulouse). Il propose un habitat « en bande » pour respecter l’organisation générale du quartier, et la création de gites. Ce projet proposait un principe qui a été adopté par la suite, celui de la démolition/reconstruction progressive pour ne pas déplacer les résidents pendant les travaux.

En 2000 et 2001

Des études de réhabilitation sont lancées sous la maîtrise d’ouvrage de la commune.

En 2004

Une enquête sociale est lancée par la MOUS (Maîtrise d’œuvre urbaine et sociale), enquête semble-t-il boycottée sur consigne d’une association de résidents. La même année le PACT habitat et développement de Lot-et-Garonne fait réaliser une étude d’aide à la décision en vue de la programmation technique de l’aménagement et de la requalification du CAFI. Le rapport paru en 2005 comporte une enquête sociale auprès des habitants du CAFI et des éléments d’approche architecturale et urbaine.
Le 20 novembre de la même année, les résidents du CAFI manifestent dans la rue pour montrer leur détermination à être associés à tout projet de réhabilitation

En octobre 2005

La population est invitée à prendre connaissance du projet de requalification du CAFI présenté par le cabinet Brassié d’Agen (le premier projet de cette agence ne sera pas retenu, de même qu’un projet plébiscité par les résidents du CAFI).

Il faut constater que depuis 2003 les élus, et notamment l’adjointe au maire Marthe Geoffroy, ont donné beaucoup de visibilité au dossier et ont travaillé à convaincre tous les décideurs de l’urgence du projet de réhabilitation du site. Le 25 octobre 2003 lors d’un colloque au Sénat sur le « rôle des associations dans la sauvegarde de la mémoire de l’Indochine » Georges Moll (association Mémoire d’Indochine) et Marthe Geoffroy font une intervention remarquée.

En juin 2004, M. Mekashéra, secrétaire d’Etat aux rapatriés visite le CAFI accompagné des élus et des autorités. Sans doute a-t-il ensuite défendu le dossier auprès de Catherine Vautrin, secrétaire d’État à l’Intégration et à l’égalité des chances en charge de l’ANRU, l’Agence Nationale pour la Rénovation Urbaine. Celle-ci accepte de prendre en charge le projet de manière exceptionnelle. Un comité de pilotage est mis en place en novembre 2004 pour constituer le dossier, les associations du CAFI n’y participent qu’au titre d’invités).

1999 : Le projet de réhabilitation de l’agence Urbane - Source : AD 47

 

2006, la reconstruction

La "reconstruction" du CAFI est enfin annoncée fin février 2006, (accord signé en janvier 2008). Elle sera pilotée par la SEM 47. L’ANRU prend en charge 80% des études et 100% de la démolition. Les nouveaux logements seront confiés à des bailleurs sociaux : Habitalys, Clairsienne et Ciliopée. L’opération prévoit 100 unités de vie, d’une capacité minimum de 200 personnes, la relocalisation des deux commerces, et la préservation d’un lieu de mémoire autour de quatre anciens bâtiments qui seront préservés. Le coût total est estimé à 15,3 millions d’euros. Les travaux seront organisés par tranches, les résidents n’auront pas à quitter leurs anciens logements avant de prendre possession des nouveaux.

En 2009

Les deux commerces sont relocalisés (les commerçants acceptent une location-vente sur quinze ans). Puis les bâtiments sont détruits les uns après les autres et les habitants relogés au fur et à mesure. La commune prend en charge la voirie, l’eau, l’éclairage public et les espaces verts.

  • Au mois de mai 2011, 32 premiers logements Ciliopée sont investis.
  • En 2013 : 21 logements Habitalys sont livrés fin janvier et 12 logements Clairsienne sont achevés au second trimestre. 10 barres sont démolies en mai et août pour laisser place à de nouveaux logements 21 Habitalys et 8 Clairsienne.
  • Les derniers logements sont livrés en juin 2014. Le nouveau CAFI est inauguré en août. Le vœu de la municipalité est réalisé : faire de ce territoire longtemps marginal un véritable quartier de la ville proposant un habitat confortable et spacieux à tous et pas seulement aux anciens ayant-droits. Ces derniers, comme tous les autres locataires, paient un loyer et entrent dans le droit commun.

Les logements ont été conçus selon les normes de la Très Haute Performance énergétique. Les maitres d’œuvre de ce nouveau quartier n’ont pas oublié son histoire récente. Certains lots rappellent l’habitat en bande des anciens bâtiments, d’autres ont une note asiatique, couvertures à larges débords, teinte rouge. Une consultation a été organisée pour baptiser les ilots et les rues : Cochinchine, Bambous, Annam, Tonkin,etc… La Résidence Cochinchine (42 logements Habitalys, agence d’architecture Greenwich 0013 ) a été lauréate « Habitat Groupé & Collectif » du Palmarès 2014 de l’architecture et de l’aménagement de Lot-et-Garonne.

surprised Manque vidéo "Visite du nouveau CAFI, drone, travelling voiture et divers"

Le plan de réhabilitation du CAFI En réalité quatre bâtiments ont été préservés dans l’espace mémoire, et la liaison vers le centre ville n’a pas été réalisée - Source : AD 47

La fin d’une longue escale

A Sainte-Livrade, qu'est-ce que dire adieu à l'ancien CAFI ? C'est accepter qu'une page se tourne en prenant acte de la destruction des vieilles baraques qui ont laissé place à de splendides pavillons relevant du logement social. Il ne reste plus rien de l'ancien CAFI hormis les quatre bâtiments préservés en vue d'un projet mémoriel. Pour certains, la réhabilitation est arrivée trop tard alors que pour d'autres, elle arrive presque trop tôt. Beaucoup apprécient d'avoir enfin des conditions d'habitat décentes, voire confortables. Cependant, les plus anciens ne voulaient pas quitter leurs baraques car c'est là qu'ils s'étaient trouvé des racines.

Ainsi, Madame Le Crenn, décédée en avril 2011 à 90 ans, deux semaines après avoir été relogée dans un pavillon flambant neuf ; ou encore Monsieur Lejeune qui avait dit qu'il mourrait avant qu'on ne le contraigne à quitter sa baraque : c'est ce qui s'est passé alors qu’il avait 92 ans. C'est donc à la physionomie ancienne d'un lieu que l'on a dit adieu puisqu'on ne peut plus désormais le retrouver ainsi, sinon sur de vieilles photos. Toutefois, l'âme du CAFI est toujours là, à travers les rapatriés et leurs descendants qui souhaitent que leur histoire soit connue et reconnue. Si une page se tourne, la suivante est encore à écrire !

D’après Sandrine LACOMBE, pour la revue Ancrage


Une réhabilitation trop tardive

Pour les habitants du CAFI, cette réhabilitation arrive trop tard. Trente ou quarante ans auparavant, ils auraient apprécié que l’on transforme leurs conditions de vie. Entre temps, ils se sont construit un univers leur rappelant Saigon et y ont désormais leurs racines, il n’était donc pas question que l’on touche à leur environnement.

"Les chantiers, la rénovation du camp ? Moi, je m'en fous "affirme Michel.
Joséphine, 94 ans, elle, ne s'en fout pas, elle refuse de déménager. Depuis son arrivée en 1956, on ne lui a jamais rien donné et elle n'a rien demandé. Elle a transformé les vieilles paillasses en cocon familial où elle compte bien finir ses jours. Sa baraque, rénovée à sa façon, est chère à son cœur.
Léon, quant à lui, fulmine dès l'évocation de la situation. A 57 ans, l'enseignant qui travaille à Paris figure parmi les esprits les plus éclairés de l'histoire des Indochinois. Il peste contre l'inculturation des "vieux" maintenus "sous le joug colonial et qui n'ont pu se défendre". Léon est un homme isolé au sein de la communauté divisée. Il s'attend à recevoir un arrêté d'expulsion de la baraque des siens qu'il occupe à chacun de ses retours sur les rives du Lot. « J'éprouve un sentiment de désastre. Ce projet est antidémocratique. Il n' y a pas eu de concertation depuis la manifestation de novembre 2004 contre ce projet. Des réunions d'information ont été organisées certes, mais sans échanges. Moi j'appelle cela du mépris. Certains "vieux" ont tellement la trouille qu'ils ont proposé de rendre les clés avant même qu'on ne les leur demande. Ceux-là vivent encore sous l'empire colonial ! »
Michel, sept ans à son arrivée en 1956, est accablé par les désillusions de la vie. Il parle de son père policier à Saigon, d'un grand-père allemand, de ses mariages, ses enfants, de Marseille, Tonneins, de sa carrière à Mururoa, Michel a fait le tour de tout. Alors, il y a quatre ans il est revenu au CAFI dans la baraque de son enfance, sa baraque. Il n'est pas le seul à puiser sous les tôles de l'enfance la force de survivre. Michel montre avec fierté le portrait de ses parents, beaux, immortalisés dans la force de l'âge. Le cadre trône au-dessus du meuble de cuisine. Son pas de porte ouvre sur le terrain de football abandonné. Les poteaux rouillés sont oubliés au pied du nouveau commerce à l'enseigne des "produits exotiques" qui vient de sortir de terre dans l'ancienne surface de réparation.

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