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Les soutiens sociaux, revendications

Le dispensaire, les médecins et assistants sociaux

Avec le docteur Linon, médecin principal de la Marine, le dispensaire du centre d’accueil ouvre ses portes le 1er janvier 1961. Un centre de dialyse verra le jour plus tard. Yann Daoulas succèdera en 1964 au premier médecin après avoir lui aussi pratiqué en Indochine. Un service social était également à la disposition des habitants.
Le dispensaire a cessé de fonctionner en novembre 1980 (le Docteur Daoulas quitte son poste le 31 octobre). Les charges étaient considérées comme trop lourdes pour les autorités départementales et les résidents souhaitaient avoir accès à la médecine libérale. Cinq médecins de la ville se relaient cependant au centre, une heure par jour. Le service d’aide-ménagère de la ville est également ouvert aux résidents.

Au côté de la direction, les médecins et assistantes sociales, notamment M. Daoulas, Mmes Mathieu et Bourgois, font un travail de fourmis pour aider les résidents dans leur vie quotidienne : soins médicaux, démarches administratives, suivi des enfants, formation, travail, amélioration des logements. Le docteur Daoulas fut notamment apprécié pour ses actions en faveur de l’amélioration des conditions de vie. Très tôt il entreprit une campagne de dératisation et fit installer des douches (1962). Il est aussi à l’origine de la suppression du portail du camp et en 1967 de la création de la MJC. En 1975, il estimait que le camp pourrait accueillir 500 boat-people (réfugiés de la guerre du Viet Nam), mais l’administration ne le suivit pas.

18 juin 1965, Lettre signée par 90 résidents pour demander que le médecin aspirant nommé provisoirement au camp soit remplacé par un médecin vietnamien d’Agen : Tran Van Thi parce qu’il parle la langue et que les femmes seraient moins réticentes à se faire soigner que par un médecin français.
Lettre signée par 90 résidents

« Nous faisons partie de la population française mais nous ne pouvons renier nos appartenances ethniques. Nous sommes français et nous pensons pouvoir prétendre aux égards que l’on doit à tous les Français, avoir un médecin qui nous connaisse et qui puisse nous aider, nous apporter le soulagement de longues années. La solution du médecin aspirant ne peut nous satisfaire car elle n’est que provisoire et au bout de quelques mois, nous devons nous confier à un médecin n’ayant aucune connaissance de nos états pathologiques et de notre mentalité qui, malgré nos efforts, reste toujours marquée par notre séjour en Indochine française ».

La MJC

La Maison des jeunes et de la culture de Sainte-Livrade-sur-Lot entretient des relations privilégiées avec les rapatriés d’Indochine. Elles s’expliquent par les conditions de sa création et son fonctionnement pendant les quinze premières années de son existence.

Elle doit sa création en 1967 à une initiative du docteur Daoulas et a été implantée au sein du CAFI où elle est restée jusqu’en 1987 avant de déménager en centre-ville suite à l’incendie de ses locaux. Même installée en ville elle a conservé une antenne au CAFI, un bureau et quelques activités jusqu’en 2000. Elle a également longtemps été reliée au CAFI au plan financier car elle a bénéficié, jusqu’à la fin des années 1980 du prêt des locaux et de subventions du secrétariat d’Etat aux rapatriés. Son implantation et certainement aussi son financement ont contribué à lui donner l’image d’une structure dédiée à la seule population du camp, une représentation fréquente chez les descendants des rapatriés à l’instar de cette femme, fille de rapatriés qui se souvient : « Quand j’avais 12 ans, il y avait une MJC ici (dans le camp) mais c’était que pour les habitants du CAFI. C’était pour nous, on n’était qu’entre nous ». Vision partagée par les habitants qui évoquent également la période de : « la MJC du camp ».

Or, cette image est contraire au projet des fondateurs. La MJC a toujours été pensée en termes d’activités au plan communal. Le choix de l’implantation au sein de la cité d’accueil a été dicté par la présence d’une importante population de jeunes (en 1967, sur les 1000 résidents du centre, 70% avaient moins de 25 ans) et elle avait pour vocation à répondre aux besoins sociaux et récréatifs de cette population. Mais elle s’adressait également aux autres jeunes de la ville. Cette structure était donc conçue pour être : « ouverte à tout le monde », un sas permettant les échanges entre deux univers qui alors restaient à distance et parfois se confrontaient physiquement. Dans ce souci d’ouverture, priorité était donnée à l’entrée des populations locales dans la cité pour contrer les représentations négatives alors très répandues sur les résidents. La volonté d’ouverture s’étendait aux résidents du centre : amener les gens de cette cité vers l’extérieur, profiter de ce qui passait à l’extérieur et partager avec les autres un certain nombre d’actions culturelles ou de loisirs ».

MJC : des activités très variées et des projets ambitieux.

Dans ses locaux, la MJC proposait de nombreux loisirs et ateliers : tennis de table, baby foot, jeux de société, ateliers de sérigraphie, émaux, photographie, poterie, cinéma (vidéo), bibliothèque, musique.
Mais elle éditait aussi son propre bulletin de liaison, organisait voyages à l’étranger, séjours au ski, spectacles ou encore un festival de musique folk.
Elle est aussi à l’origine du développement de la fête du Têt et du festival du « Cinéma d’ici et d’ailleurs » qui existe toujours sous une autre forme.

En 1982 la structure comptait 400 usagers réguliers (1 700 à 2000 avec les voyages et les soirées).

 


Concert de cithare vietnamienne - Source
Matthieu Samel

 

La valorisation de la culture indochinoise

La MJC a fonctionné dans l’enceinte du CAFI, proposant des activités manuelles, culturelles et sportives aux jeunes du centre ou de l’extérieur. L’intérêt pour la culture indochinoise date de 1977, soit vingt ans après l’arrivée des rapatriés. C’est en fait au moment où les jeunes, au regret des parents, se désintéressaient de la culture de leurs pays d’origine et que les fêtes traditionnelles déclinaient, que la MJC a entrepris de mener des actions de valorisation. Les premières actions ont été bâties autour « d’un moment clef» de la vie culturelle vietnamienne, le nouvel an sino-vietnamien : « la fête du Têt ». La MJC a ainsi régulièrement organisé pendant une dizaine d’années un programme d’activités sur plusieurs jours autour de cet évènement, avec l’aide de la population du centre, jeunes et adultes : spectacles, concerts, films, repas, sur la thématique culturelle vietnamienne principalement. L’évènement ainsi valorisé, amplifié par la dimension publique qu’il atteint, visait un double objectif : la transmission culturelle pour les jeunes générations et, par le biais d ‘un repas notamment, de partager ce moment festif avec les personnes hors de la cité. Si le principe d’ouverture est demeuré prépondérant, on voit donc aussi émerger avec ce type d’action une autre dynamique fondée sur la valorisation d’un patrimoine culturel.
Ces actions seront ensuite reprises par l’AACI (association des arts et cultures d’Indochine), puis à l’ARAC (association des amis et résidents du CAFI).

Avec son l’installation dans des locaux au centre ville, la MJC, n’a pas rompu toutes ses amarres avec cette population. Elle est restée proche, a participé aux évènements, manifestations organisées par l’AACI ou les autres associations du CAFI. Mais ces actions sont intégrées dans une perspective interculturelle, à un registre plus vaste. Le directeur de l’époque : « On s’est dit, il faut absolument qu’on travaille sur l’ensemble des populations qui sont à Sainte-Livrade et essayer d’avoir une action globale mettant à profit cette richesse locale ». La MJC a donc joué un rôle moteur dans diverses actions autour des migrations, sociales et culturelles et parmi celles ci : l’organisation annuelle du festival de films, « Cinéma d’ici et d’ailleurs ».


Jeunesse et délinquance

De nombreux jeunes ont grandi au CAFI dans un contexte de relégation physique et dans des conditions de grande précarité. A la fin des années 1960 certains adolescents, commencèrent a  poser de réels problèmes. Des formes de délinquance apparurent, certes légères, chapardages, vagabondage, dégradations, échec scolaire, mais qui témoignent d’un réel mal-être, et qui entravent leur insertion. S’ajoute a  cela, pour ceux qui avaient dépassé la limite d’âge scolaire, mais qui étaient encore trop jeunes pour entrer en apprentissage, une situation de complet désoeuvrement dans le camp, seulement rompu par des travaux des champs.

Les échauffourées de juin 1968

Au printemps 1968, Sainte-Livrade est le théâtre de turbulences dans une cohabitation jusque-là sans nuages. Le dimanche 23, c’est la fête du faubourg Gardette. Vers 22 heures 30, une poignée de jeunes asiatiques, torses nus, provoque un méchant couac. Bagarre avec les natifs du pays. Des adultes s’en mêlent. Les gendarmes freinent l’ardeur des belligérants sans apaiser les esprits. Mardi 25, tirs de fronde sur des pétanqueurs. Le lendemain, une jeune fille est tabassée. Le maire et conseiller général Charles De Cacqueray attire l’attention du préfet sur ces “événements”. Le jeudi 27, les trublions perturbent la nocturne cycliste du Vélo Club. Pour éviter que ces “jeux de vilains” ne prennent une tournure dramatique, le premier magistrat tente de raisonner les meneurs à l’abri de l’hôtel de ville dont la foule, excédée, fait le siège. Après l’arrivée en renfort du sous-préfet et du capitaine de la compagnie de gendarmerie de Villeneuve, les jeunes sont embarqués sous bonne escorte à bord d’un fourgon de gendarmerie !

 


L’intervention de la Cimade

C’est cette situation préoccupante qui, en 1966, conduisit le docteur Daoulas, médecin du camp, a  faire appel a  la Cimade (comité inter-mouvements auprès des évacués, créé en 1939), organisme qui mandata des « équipières », animatrices sociales et culturelles, pour tenter de prendre en charge près de 400 jeunes. Elles le firent avec un grand engagement, et nombreux sont ceux qui considèrent qu’ils ont été sauvés par leur intervention. Leur premier constat attribua leur dérive a  leur isolement, a  leur ignorance du monde extérieur. Les équipières de la Cimade s’employèrent donc a  faire sortir les jeunes du camp, a  les aider a  franchir les barrières, de toutes les manières possibles.

Des contacts précoces avec la CIMADE

La Cimade prend les premiers contacts auprès du docteur Daoulas, en 1963. En Aout 1966,sa direction envisage une intervention et les premières équipières arrivent le 28 octobre de la même année.

 

Une des principales actions des jeunes animatrices fut d’organiser la prise en charge d’enfants du camp par des familles de la région pendant les week-end et les vacances scolaires. Ces placements furent parfois douloureux, mais certainement salvateurs. Il n’était pas facile pour ces enfants de se confronter aux différences sociales, économiques et culturelles, mais cela leur permit de se préparer a  affronter l’extérieur. Dans l’ensemble, ils regardent aujourd’hui ces expériences comme positives, et certains ont même conservé des liens avec leurs familles d’accueil. Mais cette expérience ne dura guère, car les équipières entrèrent en conflit avec les autorités du camp. En 1972, la rupture est inévitable, c’est un conflit de générations qui se joue, un affrontement de pensées divergentes : elles ne souhaitaient que la fin de cette relégation dans le camp et de cette mise sous tutelle humiliante aux relents colonialistes. Selon le directeur du CAFI, la Cimade aurait aussi voulu prendre son autonomie par rapport au personnel du camp. Les équipières prenaient-elles trop de liberté ? En août 1971 une note interne rappelle que l’assistante sociale assure la coordination entre les équipes et qu’aucune démarche ou liaison avec l’extérieur ne peuvent être entreprises sans son accord.Une monitrice fut employée par le centre pour remplacer les équipières de la Cimade qui entreprirent un temps de poursuivre leur travail en s’installant hors du camp Cet épisode, et l’abondance des courriers de soutien adressés à la Cimade a  cette occasion mettent bien en lumière le désarroi profond d’une jeunesse sans repères et livrée a  elle-même. Les adolescents se sont retrouvés dans une situation d’abandon qui n’avait pas été anticipée. Mais leur regard d’adultes est aujourd’hui assez nuancé, car il y a aussi le souvenir de grands bonheurs, de jeux en commun et de fraternité. Leurs échappées hors du camp, leurs virées dans la campagne, les chapardages et les bagarres occasionnelles, les soirées dans les bals de village sont évoquées avec beaucoup de nostalgie. Il ressort ainsi de leur mémoire, peut-être recomposée, l’image d’une génération soudée, un peu rebelle, libre et dynamique. Elle correspond aussi a  celle d’une génération des années 60, en rupture, ou  l’adolescence s’affirme. En cela la jeunesse du camp n’est pas si différente de celle que l’on voit apparaître a  travers les modes musicales et vestimentaires de l’époque, qui pénétraient, peu ou prou, dans le camp.

Les actions et revendications des résidents

Pour les tout premiers, l’arrivée au camp est marquée par un sentiment de profonde déconvenue voire de ressentiment. Le déclassement est vécu de façon douloureuse et de nombreux adultes, surtout les hommes, ne s’en remettent pas. Ce sentiment est le plus souvent gardé pour soi.L’attitude de réserve et de patience des Français rapatriés d’Indochine a occulté leur situation de dénuement et leurs difficultés. Au fil des ans, quelques sollicitations, plus ou moins bien reçues, sont adressées à la direction du camp, l’évocation du devenir du centre est aussi chaque fois l’objet de frictions, mais dans l’ensemble les mouvements de revendications ont été rares. Deux sont cependant à retenir, dont le premier aurait pu avoir de graves conséquences.Quelques courriers et des notes des renseignements généraux et des échanges de courriers nous renseignent partiellement sur cet événement.


Les troubles de 1958/1959

Les événements de 1958/1959 sont sans doute les plus violents qu’aient connus les camps de Bias et de Sainte-Livrade. Ils ont pour contexte :

  • le désarroi d’une partie des résidents qui se manifeste très tôt après leur arrivée (avril 1956),
  • celui des dirigeants des centres qui ne disposent pas d’un règlement pour assurer les tâches et maintenir l’ordre,
  • l’impréparation des autorités face aux difficultés d’intégration des Rapatriés, une campagne électorale au cours de laquelle certains n’hésiteront pas à mettre le feu aux poudres,
  • et enfin des jalousies internes.

Depuis fin 1956 il existe à Bias et Sainte-Livrade une association (statuts publiés au J.O. de décembre 1957) : « l’Amicale des Français Rapatriés d’Indochine », dont le président est M. Jules Charléry (une structure équivalente existe à Noyant d’Allier depuis Mars 1956).

Dès 1957 elle alerte jusqu’au Président du Conseil, sur les conditions de vie des Rapatriés et demande la création d’une commission interparlementaire chargée d’enquêter sur la situation dans les camps et la suspension des sanctions trop sévères prises à l’encontre de rapatriés. Cette démarche intervient dans un climat tendu, revendicatif. La bonne intégration des Rapatriés se fait attendre, notamment en Lot-et-Garonne. On reproche à certains de se contenter des aides qui leur sont fournies, de renoncer à l’effort nécessaire pour trouver un emploi et quitter le camp. Certains abus sont commis, la direction des centres, peu soutenue par les autorités, se sent dépourvue. En mai 1958, un projet de règlement est rédigé, amendé par les directeurs des centres de Bias et de Sainte-Livrade, préfiguration de l’arrêté Morlot.

Jules Charlery, né à Haiphong en 1954, est arrivé au camp de Bias en septembre 1956. Il y laisse sa famille en juin 57 pour aller travailler à Marseille, d’où il revient en août. En septembre il embauche chez un garagiste de Sainte-Livrade qui le licencie en décembre 1958.

Le mouvement débute en 1958. En octobre les travaux agricoles saisonniers ont pris fin. Une partie des résidents se trouve désoeuvrée et éprouve des difficultés d’existence (127 chefs de famille ne travaillent pas, 71 ont un emploi). L’Amicale demande le départ du personnel administratif. On lui reproche de favoriser certains Rapatriés, en les employant, au détriment des autres (un membre de l’Amicale a été congédié par la direction) et de bénéficier de conditions de vie avantageuses. Dans le cadre de la campagne électorale pour les législatives, le colonel Leroy, ancien d’Indochine qui rêve d’y retourner et de renverser le gouvernement vietnamien, promet le départ des cadres, du charbon à volonté et le retour au pays. La direction demande l’expulsion des familles des principaux leaders du mouvement.

Des incidents éclatent à Bias les 16 et 17 décembre : les couteaux sont de sortie, intrusion d’un groupe dans les bureaux, menaces de morts, coups de feu d’intimidation, manifestation contre la direction, matériel détérioré. Le directeur-adjoint de Bias s’enfuit dans la nuit à Toulouse, l’ensemble des cadres accepterait volontiers une mutation. Le 17 décembre une délégation rencontre le directeur à Sainte-Livrade. Elle demande vêtements,charbons et jouets pour Noël et proteste contre le « bien-être des cadres par rapports aux réfugiés ». Trois gendarmes sont installés provisoirement dans chacun des camps. Jules Charlery persiste : Tant que les cadres ne sont pas limogés il y aura des incidents. Le 18 décembre un Français, marié à une Vietnamienne, est traité de « mouchard » et tabassé (il parlait en occitan à un policier). Les résidents se battent entre eux, beaucoup désapprouvent l’attitude des meneurs du mouvement.

Début 1959, J. Charlery adresse un courrier au Haut commissaire aux Rapatriés d’Indochine. Il attend des réformes de la nouvelle administration (la tutelle des centres doit passer du ministère des Affaires étrangères à celui de l’Intérieur en 1959), et fait des propositions très concrètes, quant à la gestion de la population des camps, à sa représentation et à l’intégration des enfants de rapatriés. L’arrêté Morlot, publié en mai 1959, ne fait qu’envenimer la situation, des familles de passage sont expulsées (un délai leur sera accordé), des actions se préparent et les Rapatriés se divisent toujours entre eux. On évoque l’existence d’une « société secrète » au sein de l’Amicale des rapatriés, conduite par le colonel Leroy. Lors de réunions chez des particuliers au CAFI, des actions sont envisagées : sabotage du transformateur électrique et de l’adduction d’eau, mais aussi représailles contre des veuves de guerre et les Français de métropole résidant au camp qui ne suivent pas le mouvement.

Début 1959 le changement de tutelle et le remplacement des cadres ramèneront un peu de calme. Mais début juin certains estiment qu’ils sont encore plus brimés sous la tutelle du Ministère de l’Intérieur et que les pistolets sortiront s’il n’y a pas de retour en Indochine.

Dans la nuit du 13 au 14 juin 1959 les murs des centresde Sainte-Livrade et de Bias sont couverts d’inscriptions : « Français d’Indochine, levez-vous. Nous sommes réfractaires de l’injustice, du racisme, du despotisme. Luttez pour vos enfants. Il faut par l’action éliminer les exécrables, contre l’humiliation, etc. ». Une note des renseignements généraux datée du 19 juin, précise que la volonté de l’Amicale des Rapatriés est de prendre en main l’administration du camp et, pour ce faire, maintient un climat d’effervescence entre deux clans. Il y a risque de règlements de compte. La population locale est mécontente, 16 expulsions ou mutations vers d’autres camps sont à nouveau demandées. L’agitation est grande.

Les archives ne nous ont pas encore tout livré quant à ces événements et notamment quant aux conditions dans lesquelles le mouvement a pris fin.En août, l’un des membres de l’Amicale est expulsé, ce qui soulage une partie des résidents et calme les autres. La venue des CRS, pour quelques semaines ou quelques mois a sans doute aussi apaisé les esprits. Trois compagnies se succèderont, la dernière quittera les camps le 7 septembre 1959 et le poste de police sera supprimé le 7 novembre 1959.

Mais l’Amicale a gagné au moins sur un point. A la faveur du changement de tutelle et du remplacement des cadres, la fonction de directeur du camp est remplacée par celle de gestionnaire.

Ce sera le principal mouvement de protestation enregistré pendant plus de 40 ans. Des événements dont on parle peu et qui ont peut-être suffisamment marqué les esprits pour faire taire durablement les revendications.

Un 14 juillet bien encadré

En 1959 le directeur estime « qu’il n’apparaît pas opportun d’organiser une fête pour les enfants le 14 juillet étant donné l’ambiance qui règne dans le centre, peu propice à l’organisation de divertissements ».
Finalement la fête aura bien lieu et le directeur en sera enchanté. Il louera le précieux concours apporté par les CRS installés dans le centre.

2004 : Manifestations dans les rues de Sainte-Livrade : « Le CAFI n’est pas à vendre »

Un autre mouvement créera la surprise en 2004, toujours sur fond d’opposition au projet de réhabilitation et par crainte de démolition. Les reproches sont nombreux quant à la gestion du camp et son devenir par la municipalité. Deux associations, l’ARAC et l ‘AACI appellent à manifester. Une enquête d’insalubrité est envisagée par la commune et les résidents craignent l’expulsion si un arrêté d’insalubrité est publié. Les associationscombattent l’idée selon laquelle le CAFI coûte de l’argent aux contribuables locaux et souhaitent que les résidents soient considérés comme des citoyens à part entière. Elles demandent toujours transparence et concertation et souhaitentêtre associées à tout projet de réhabilitation.Les habitants du CAFI ne veulent pas d’une expropriation, d’un nouveau déracinement et de la disparition de ce « camp » qui constitue leur patrimoine. Le 20 novembre ils sont 200 à manifester dans les rues de Sainte-Livrade et devant la mairie.

 

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