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Annexe : La présence des prêtres

Le Père VIRY

Une mère de famille, eurasienne, également bouddhiste fervente et dont les enfants furent aussi baptisés, raconte avec un humour teinté de ressentiment : « Le père Viry cherchait à faire le baptême, il est venu me voir devant ma porte, là, et il a voulu que moi, je me convertisse pour que je puisse apprendre à mes enfants ! Mais c’est ma fille aînée qui lui a dit ‘c’est moi qui le ferai’ (l’enseignement religieux) pour qu’il n’insiste plus ! ».
Jean-Paul, né au centre, fils d’une Vietnamienne, elle aussi bouddhiste pratiquante, témoigne dans le même sens : « J’ai fait ma communion, on a tous été baptisés chez nous, je crois que c’était plutôt porté sur le catholicisme, puisqu’il y avait un prêtre dans le camp, et au niveau des enfants, c’était la religion catholique. Le prêtre avait une liste des enfants du camp et je crois que même si les parents étaient bouddhistes, le prêtre nous poussait à aller au catéchisme. Je crois que toute l’éducation religieuse des jeunes du camp était basée sur le catholicisme ».
En 1992, une femme (40 ans) eurasienne vivant aujourd’hui dans la région parisienne, se souvient du même missionnaire : « On a connu le père Viry. On avait peur de lui. Il nous apprenait le catéchisme… S’il te voyait traîner dans le camp, avec sa bagnole, il te poursuivait ! ». Léon, né au centre en 1960 et enseignant dans la région parisienne pose rétrospectivement un regard très critique sur le prosélytisme catholique durant son enfance : « J’ai eu une éducation très marquée par le catholicisme, je dirais même coloniale ! La jeunesse était encadrée par deux curés qui avaient fait le Viet Nam. Ils parlaient couramment [le vietnamien], ils endoctrinaient beaucoup. Ils nous parlaient en français et avec les parents, ils parlaient volontiers vietnamien ».

Le prêtre et ses « Chinois »

Au début, le curé de Ste Livrade et l’aumônier des rapatriés cohabitèrent au presbytère. Mais les rencontres entre les catholiques du CAFI et ceux de la ville n’étaient pas favorisées comme l’affirme le père Le Tonkès :

« L’aumônier mangeait chez moi, logeait chez moi, mais il avait ses responsabilités et moi j’avais les miennes et à l’époque, c’était comme ça, jamais j’aurais eu l’idée de monter sur les plates-bandes du voisin. Moi, j’avais mon territoire, j’avais mes gens et lui avait les siens. Il y avait un camp qui était fermé avec un aumônier qui avait ses règlements, moi, j’avais 7 ou 8 000 habitants, j’avais assez à faire comme ça sans aller me mêler de ce qui ne me regardait pas. Je n’étais pas chargé d’eux !
Leur aumônier était extrêmement jaloux de son autorité et ne tenait pas du tout à ce qu’on contamine ses Chinois ! Il n’y avait pas intérêt à se promener là-bas dans le quartier ! Non, non, c’est très fermé ! C’était la mentalité, qu’est-ce que vous voulez y faire ? L’aumônier arrivait avec ses ouailles, comme il savait que chez nous on était particulièrement païens… Ils avaient une colonie de vacances par exemple, il ne voulait pas que ses Chinois viennent en colonie de vacances avec nous ! C’est comme ça ! On vivait ensemble, il faisait ses affaires, moi j’allais pas m’en mêler, c’était un monsieur qui était un grand, grand monsieur, qui était très autoritaire. Il n’y tenait pas du tout [aux rencontres], il maintenait une certaine ambiance, lui, dans son camp et c’était son problème et moi, comme j’avais assez de problèmes chez moi sans aller en chercher d’autres, j’allais pas aller chercher à m’imposer ou me mêler aux affaires du camp ».

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